LES  TOILETTES  SÈCHES

   
 

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LES TOILETTES SÈCHES : 

                                      UNE QUESTION DE COHÉRENCE


Extrait du texte du professeur Joseph Orszàgh




LA  T L B :  PRÉSENTATION

La TLB est le résultat d'une observation fortuite, expliquée scientifiquement .

En ajoutant de la sciure de bois ou des copeaux à nos déjections (urine + matière fécale), l'odeur désagréable disparaît complètement.

Cette toilette se présente en fait comme une caisse sans fond, contenant un seau en plastique ou mieux, en acier inoxydable et dont la planche supérieure (basculante) est percée d'une ouverture sur laquelle on a fixé un abattant de W-C classique.

La TLB trouve sa place n'importe où dans la maison, sans arrivée d'eau, tuyau d'évacuation ou système d'aération. L'aspect esthétique est un problème de menuiserie. Pourquoi ne pas s'inspirer de la chaise percée de Louis XVI pour la forme ? Certaines utilisatrices prétendent avoir moins de travail d'entretien qu'avec un W-C classique.

Des familles qui n'avaient pas envisagé l'usage d'une toilette sèche l'ont adoptée sans problèmes. Sur plus de six cent familles, après plusieurs mois ou d'années d'expérience, deux familles à notre connaissance en ont abandonné l'usage.

Côté odeur, pas de problème. La contrainte de ce système est l'obligation de vider le seau (nous conseillons une capacité de 15 à 20 litres) sur le carré à compost du jardin quand il est rempli. Cette opération est perçue par plus d'un comme une corvée assez désagréable, bien qu'elle ne prend que quelques minutes. Je pense qu'il faudrait un incitant fiscal qui ferait payer le prix juste des nuisances d'un W-C à chasse pour sortir de l'impasse environnementale créée par l'épuration collective 2.

L'usage d'une toilette à litière bio maîtrisée (TLB) et son compostage nécessite un investissement bien moindre et beaucoup moins de travail qu'un système de lagunage, sans parler des impacts sur l'environnement.

Les enjeux réels de l'utilisation de la toilette sèche

On présente généralement la toilette sèche comme un moyen d'économiser l'eau. Il est vrai que la suppression des chasses diminue la consommation des ménages de 25 à 35 %, ce qui est loin d'être négligeable. Mais l'économie d'eau n'est qu'un aspect mineur de ce problème. Même si les techniciens en génie sanitaire semblent volontairement ignorer les réalités, le non rejet des déjections dans l'eau est une option incontournable dans le respect du développement durable.

80 à 100% de la pollution organique de nos rivières est d'origine domestique. Cette matière organique est transformée par les stations d'épuration en nitrates et en phosphates (y compris par les stations d'épuration dites "tertiaires"). Ces deux substances sont responsables de l'asphyxie des rivières. 97% de l'azote et 50 à 80% de phosphore contenus dans les eaux usées urbaines viennent de nos W-C !

Le première chose est donc d'essayer de réunir les conditions pour le recyclage le plus parfait possible de la matière fécale pour en faire de l'humus. Pour ce recyclage, il faut d'abord ajuster le rapport carbone/azote (C/N) des déjections à 60. Au départ, ce rapport est de l'ordre de 7. Il faut donc y ajouter une matière riche en carbone végétal 6.

Pour litière tout convient : broyat de végétaux, sciure de bois, copeaux, feuilles mortes, pailles, rafles, fanes, même cartons usagés et déchiquetés. En ce qui concerne ces derniers, dans le contexte d'appauvrissement de nos écosystèmes agricoles, il est plus utile de les composter que de les recycler en tant que papier de basse qualité. La matière carbonée végétale est aussi traitée comme déchet, qu'on "valorise" parfois en brûlant, au lieu de le composter7.

La réunion de la biomasse végétale carbonée et les déjections humaines et animales constituent la filière normale pour la formation de l'humus.

Grands principes et réalités sur le terrain

Revenons aux principes des toilettes sèches. J'ai beaucoup apprécié les réquisitoires de François Tanguay 4 au Canada et de Pierre Lehmann en Suisse à l'encontre de notre cher water-closet.

Ces réquisitoires sont basés sur le caractère polluant de ces installations, ce qui est vrai, mais ce n'est pas toute la vérité. En réalité, nos déjections font partie intégrante de la biosphère, ce ne sont pas des déchets à éliminer. La pollution et le gaspillage de l'eau n'est en fait qu'un aspect mineur du problème des W-C.

La biomasse humaine étant devenue importante sur la terre, la destruction de nos déjections sous prétexte d'épuration est un facteur important de déséquilibre des écosystèmes qui nous font vivre. D'après une étude récente, faite à l'Université Catholique de Louvain (Belgique)5, le contenu azoté des déjections humaines représente 40% de l'azote utilisé dans l'agriculture mondiale.

La biomasse fécale humaine est donc loin d'être négligeable. Sa destruction sous prétexte d'épuration crée un déficit dans la fertilisation des sols, tandis que l'épuration transforme l'azote contenu dans les déjections en pollution par les nitrates.

Malheureusement, l'épuration n'est pas la seule technique de destruction de la biomasse fécale (animale ou humaine). Toute technique ne respectant pas rigoureusement les conditions de la pédogenèse (formation de la matière humique du sol), soustrait la bio-masse précieuse du fonctionnement de la biosphère. On peut aisément montrer que l'éco bilan des techniques comme le lagunage, la biométhanisation, l'épandage du lisier, l'enfouissement de la matière organique dans le sol, etc... est négatif.

MODE D'EMPLOI DE LA TOILETTE A LITIÈRE BIO-MAÎTRISÉE
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1. Comme litière, utiliser :
  • des déchets végétaux secs : broyats de branchages, de feuilles, de tiges, des fanes, etc.
  • copeaux et sciure de bois;
  • tous les éléments ci-dessus peuvent être mélangés.

2. Ce qu'il ne faut pas utiliser comme litière :
  • copeaux et sciure de bois tropicaux exotiques qui peuvent générer de mauvaises odeurs et provoquer des allergies;
  • trop de sciure, source de poussière dans la maison ;
  • uniquement des feuilles sèches broyées qui n'absorbent pas suffisamment l'humidité.

3. On dépose au départ une couche de quelques centimètres de litière au fond du réservoir de la toilette. Une bonne épaisseur de litière de départ se juge lors de la vidange : si elle est trop sèche, cela signifie qu'elle est en excès et se compostera mal ; si par contre, elle baigne dans l'urine c'est signe d'insuffisance et de pollution de la terre par infiltration.

4. Après chaque utilisation, couvrir les selles avec une feuille de papier de toilette qu'on humidifie à l'aide d'un pulvérisateur pour plantes d'intérieur et un peu de litière. Tous les papiers de toilette conviennent et sont jetés dans le réservoir. Cette toilette accepte également les tampons hygiéniques et les couches culottes compostables.

5. Ne pas attendre le que réservoir soit trop rempli et lourd pour vidanger dans le carré à compost.

6. Rincer le réservoir avant de remettre en service. S'il est en plastique, il vaut mieux en avoir deux : l'un étant en service, l'autre est aéré à l'extérieur. Pour enlever les odeurs absorbées par le plastique, on peut y mettre, pendant l'aération, de l'eau contenant un peu d'argile. Cette eau peut servir plusieurs fois. L'eau savonneuse des nettoyages par terre convient également.

7. Le carré à compost qui reçoit les effluents de la toilette (un mètre carré par personne) est aménagé dans un coin du jardin à l'abri des regards. On y déposera également tous les déchets du jardin et de la cuisine. Afin d'éviter la multiplication des mouches, après chaque déversement, couvrir avec un peu de déchet de jardin, tonte d'herbe, feuilles mortes, mauvaises herbes arrachées ou paille.

8. Au mois de novembre de chaque année, le carré à compost est vidé. Son contenu est entassé pour faire un tas en forme de toit et couvert d'une couche d'au moins 20 cm de paille. Après une année de repos, le compost obtenu est prêt à l'emploi dans le jardin, y compris le potager.

L'UTILISATION  D'UNE TLB  EN  VIDÉO  VOUS VERREZ, C'EST  TRES  SIMPLE
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TLB OU AUTRES TOILETTES SÈCHES TROUVEES SUR LE MARCHE ?
Remarques

- 1 )La séparation de l'urine et de la matière fécale est une bonne chose en vue d'un compostage.

Au contraire, l'humidité contenue dans l'urine est nécessaire pour imprégner la matière organique sèche indispensable à l'ajustage du rapport carbone/azote. Sans urine, il faut arroser le tas de compost ne contenant que les fèces et les végétaux.

On justifie la séparation de l'urine par la réduction du volume à traiter, mais que faire alors avec l'urine ?

Son infiltration dans le sol ou son utilisation pour irriguer est une absurdité écologique. Entre 60 et 80% de l'azote contenu dans les déjections se trouve précisément dans l'urine. Faute de carbone, l'urine dans le sol est intégralement minéralisée et alimente généreusement les eaux de ruissellement et les eaux souterraines en azote nitrique et ammoniacal.

L'azote contenu dans l'urine est indispensable à la transformation en humus de la matière végétale carbonée. L'infiltration de l'urine dans le sol est donc une perte à la fois de la matière azotée et carbonée, tout en générant une pollution des eaux.

L'évaporation de l'eau contenue dans les fèces est justifiée par le souci de réduire la masse à traiter et espacer les manutentions. Le milieu humide bactérien dans les fèces assure un bon démarrage des processus de transformation en humus. Il est dommage d'interrompre ces processus naturels par évaporation et humidification au moment du compostage.

- 2 ) Il est possible d'obtenir le compostage dans un bac directement incorporé sous la toilette

Le compostage interne dans un réservoir situé sous la toilette s'inspire toujours du souci d'éviter de s'occuper autant que se peut de nos déjections.

Malheureusement, il n'est pas possible de réaliser dans une cuve ou dans une fosse les conditions aérobies nécessaires pour un bon compostage.
Ce qui ne convient pas pour les toilettes sèches :

"                La terre. Le rapport carbone/azote de nos déjections est trop faible pour la formation de l'humus. De ce fait, une bonne partie de l'azote organique est perdue par minéralisation spontanée (transformation en nitrates, en nitrites et en ammonium), faute de carbone. Le pouvoir fertilisant du fumier non composté provient précisément de cette minéralisation, mais son action est identique à celle des engrais chimiques.

"                La tourbe. Bien que le rapport carbone/azote peut être ajusté avec de la tourbe, il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'un produit non renouvelable. De plus, on observe que la tourbe, probablement à cause de son caractère acide, maîtrise moins bien les odeurs que la matière végétale sèche.

"                Les cendres ou la chaux. Le caractère fortement basique de ces substances (la potasse) inhibe l'action des micro-organismes pour la transformation de la matière organique en humus. On ne peut envisager que l'adjonction de petites quantités de cendre pendant le compostage, mais pas dans une toilette.

Les vieux paysans disent toujours : "la chaux enrichit le père et ruine le fils". La chaux et la potasse accélèrent la décomposition spontanée de l'humus dans le sol, en libérant rapidement l'azote et le phosphore organiques. Il en résulte une forte augmentation des rendements au détriment des réserves du sol. Le chaulage du compost, préconisé par certains spécialistes en agriculture, interrompt le processus de régénération des sols.

Le véritable compostage se fait sur le sol même, en symbiose avec la faune qui vit dans le sol. Toute fermentation anaérobie, inévitable dans les cuves, soustrait l'azote et aussi une bonne partie du carbone au processus de formation de l'humus, tout en libérant, en prime, la pollution par les nitrates et l'ammonium.

Il ne fait pas de doute que les déjections non compostées (autant que le lisier, les gadoues de fosses septiques et les boues d'épuration actuellement épandues à grande échelle, ce qui ne semble pas inquiéter les personnes soucieuses d'hygiène) introduisent un grand nombre de germes pathogènes dans le milieu de production de nos aliments.
CENTRALES D'ÉPURATION COLLECTIVES OU UTILISATION DE TLB ?
Le programme européen (très coûteux) d'épuration des eaux urbaines ne résoudra pas le problème de base de l'eutrophisation des rivières. On est prêt à dépenser des milliards pour rien, alors qu'on refuse d'attaquer le problème à la source en mettant en place une législation encourageant l'abandon du W-C à chasse, grand responsable de nos problèmes.

80 à 100% de la pollution organique trouvés aujourd'hui dans nos rivières est d'origine domestique. Cette matière organique est transformée par les stations d'épuration en nitrates et en phosphates (y compris par les stations d'épuration dites "tertiaires"). Ces deux substances sont responsables de l'asphyxie des rivières. 97% de l'azote et 50 à 80% de phosphore contenus dans les eaux usées urbaines viennent de nos W-C !

Le jour où l'on décidera de ne plus rejeter les déjections humaines et animales dans l'eau, un grand pas sera franchi vers la protection efficace de notre environnement. L'introduction généralisée des toilettes sèches et des élevages industriels sur litière bio-maîtrisée aurait des conséquences inimaginables.

En moins d'un an, la plupart des petites rivières retrouveraient leur caractère salmonicole (abritant des truites, des saumons) et 20 ans après, la teneur en nitrates des eaux souterraines tomberait à une valeur compatible avec une potabilisation facile.

Et tout cela, sans dépenser un seul euro dans des infrastructures d'épuration lourdes et coûteuses.
QUE DIRE DU LAGUNAGE
Le lagunage

L'image bucolique du plan d'eau avec les "jolies-petites-plantes-qui-épurent-tout" colle à la peau des environnementalistes et occulte une vision plus globale et plus pragmatique.

La grande popularité des techniques de lagunage tient au fait qu'elles ne remettent pas en question nos (mauvaises) habitudes concernant les usages de l'eau. Un lagunage remplace purement et simplement la station d'épuration, mais rien ne change en amont. La réduction de la pollution est à la discrétion de l'usager.

Nous venons de montrer que le mal est fait au moment du déversement des déjections dans l'eau et que le facteur de déséquilibre est la destruction de la biomasse fécale par épuration. La pollution azotée à des degrés divers ne vient qu'en prime. L'idéologie de base de la conception d'un lagunage et d'une station d'épuration est la même : détruire la charge polluante, sans tenir compte de la valeur biologique de la biomasse détruite.

L'assainissement par égouts et stations d'épuration est une affaire commerciale qui obéit aux lois du marché. Pourtant, rien que la suppression des chasses réduirait la consommation d'eau des ménages d'environ 30%. Débarrassée des eaux fécales, les eaux usées urbaines deviendraient disponibles pour l'agriculture, sans risques sanitaires.

Préconiser des systèmes de lagunage (cela se fait pourtant par des spécialistes de réputation mondiale) dans des pays à climat sec où au moins 60% de l'eau est évaporée pendant l'épuration et une autre partie se perd par infiltration, c'est faire preuve d'un mépris ou d'une méconnaissance du fonctionnement des écosystèmes agricoles. Ou bien on a d'autres motivations.

Il serait trop long d'analyser les impacts environnementaux des systèmes de lagunage, y compris dans les pays à climat humide. Même en cas de récupération de la matière végétale produite, la rupture des grands cycles naturels, comme celui de l'azote, est consommée.

Lors du compostage des végétaux récupérés du lagunage, pour ajuster le rapport carbone/azote à une valeur correcte, il faut encore ajouter du fumier : il faut remplacer l'azote détruite pendant l'épuration. Le compostage direct des déjections économise un cycle annuel d'énergie solaire.

C'est un moyen technique pour se donner bonne conscience, tout en continuant à gaspiller, à polluer l'eau et appauvrir la biosphère.

Lagunage ?

Oui, quand on ne peut pas se passer du W-C à chasse
LA POSITION DES SPÉCIALISTES OFFICIELS EN GÉNIE SANITAIRE
Lors de la conférence européenne des 28 et 29 mai 1996 tenue à Bruxelles sur la politique de l'eau de la Communauté Européenne, j'ai proposé d'intégrer dans la législation concernant les eaux résiduaires urbaines des incitants pour les techniques d'assainissement basées sur le principe de prévention.

Il était évidemment question du système d'assainissement TRAISELECT ou le traitement sélectif des eaux usées domestiques dont la pièce maîtresse est la toilette à litière bio-maîtrisée (TLB) qui pourrait constituer une alternative crédible (bien que facultative) au W-C classique.

Cette toilette n'a toutefois pas séduit les personnes présentes et a été sur-nommé de "bac à chat" par un des membres de la délégation officielle belge et tirée en dérision.

Par la suite, les exposés des délégations des pays du sud de l'Europe ont bien mis en évidence les graves problèmes de pénurie d'eau, notamment pour l'agriculture. A titre d'exemple, une ville comme Barcelone rejette dans la mer une rivière d'eau usée inutilisable dans l'agriculture à cause de la contamination fécale.

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VOTRE DEMANDE ÉQUIPEMENTS DE RECUPERATION D'EAU DE PLUIE TLB ET ASSAINISSEMENT
CONCLUSIONS  SUR  L'UTILISATION  D'UNE  TLB
Une réflexion approfondie sur le fonctionnement des écosystèmes aboutit à la conclusion suivant laquelle tous les problèmes relatifs à l'eau dans le monde trouvent leur origine dans la mauvaise gestion de la biomasse. Vu le poids des activités humaines, la biomasse fécale d'origine humaine ou même animale ne doit en aucune manière être rejetée dans l'eau, mais injectée dans le processus de formation de l'humus.

De cette manière on prévient à plus de 97% la pollution des eaux par les nitrates et aussi en grande partie par les phosphates.

L'usage des toilettes sèches et l'élevage sur litière bio-maîtrisée éliminerait à la source la presque totalité de la pollution azotée et la majorité de la pollution phosphatée des eaux naturelles.

Le recyclage correct des déjections est un élément primordial pour régénérer les écosystèmes agricoles dégradés et un facteur important d'économie d'eau.


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